UNE PETITE VIE...

29 juillet 2026
Depuis 2021, les mises-bas ne se vivent plus tout à fait pareil à La Taquinière... La joie est là, mais avance toujours avec son ombre parce que certaines histoires ne s’oublient pas… comme celle de Marguerite qui avait fait complication sur complication lors de sa mise-bas avec une péritonite, un pyomètre, une CIVD et une septicémie… Une miraculée...
Cette année, lors de la radio de routine, l’inquiétude déjà présente, est montée d’un cran… Alors qu’on est habitué aux portées nombreuses et qu’il est bien difficile de distinguer les petits squelettes tant ils sont entassés les uns les autres, cette fois seulement deux apparaissent à l’écran. Deux chiots… Deux… Ils auront toute la place pour grossir... et ne pas passer le moment venu… 2021 revient comme un boomerang !
Surveiller, laisser faire la nature, ne pas anticiper et stresser alors que tout pourrait finalement bien se passer… après tout... Rey a déjà mis au monde 8 bébés et avait assuré comme une reine pendant ses 10h30 de mise-bas. Les deux bébés sont prévus pour le 8 août.
10 août
J+62, J+63… 10 août, Rey est déjà à J+64, elle a fait sa baisse de température depuis plus de 48h et le travail ne commence pas, je veux bien ne pas stresser mais ça cloche... Rendez-vous est pris pour une écho... les deux petits cœurs battent… Il faut laisser faire la nature... Ocytocine, pas ocytocine... la fameuse question...
Sensation étrange : soulagement de savoir que tout va bien, mais inquiétude persistante liée au fait qu'ils ne sont que deux et que le travail aurait du commencer depuis bien longtemps déjà...
Un nouveau contrôle est prévu dans l'après-midi pour surveiller l'évolution et décider de la suite.
Alors qu'on s'apprête à partir chez le vétérinaire car rien ne se passe, tout s'accélère enfin : perte du bouchon à 17h30, premières contractions à 19h30, tout semble rentrer dans la normale, on se détend sans se détendre (« Faut que ça passe ! »)
Surveiller, attendre, regarder Rey, regarder l'heure… Déjà 20 minutes d’efforts sans résultat, le seuil des 30 minutes approche... Je sens et aperçois le premier (la poche est percée) mais les contractions ne le font pas avancer… Les images de 2021 reviennent, il faut pourtant raison garder. Direction Vet24. Trajet interminable… Rey à l'arrière, qui peine...
À chaque minute qui passe, on regarde l'heure, à chaque contraction, on se demande si tout va bien, à chaque petit changement, on se demande si c'est normal, et quand on arrive aux urgences avec une chienne en train de mettre bas… on a beau essayer de rester rationnel…on a peur, peur que l'histoire recommence, peur de perdre la maman, peur de perdre les bébés, peur de revivre l’impuissance et la culpabilité...
J’attends… j’attends… la véto arrive…1ère "douche froide" : premier chiot bien engagé mais coincé dans le bassin avec un sac placentaire percé, il n'a pas survécu... 2ème "douche froide" : l'autre est à 110 bpm (détresse foetale) et en train de partir, les prochaines minutes sont décisives, il faut trancher rapidement : soit césarienne d’urgence, avec tous les risques que cela comporte pour la maman et sans certitude absolue de sauver le chiot, soit pas de césarienne en espérant que la maman arrive à l’expulser sachant que dans cette option il n’arrivera pas vivant…
Je dois réfléchir vite et bien… sachant que la priorité va à Rey… sachant qu’une césarienne ne tourne pas mal à chaque fois, sachant qu’on pourrait sauver le dernier cœur qui bat encore… tout se mélange… Attendre ? Tenter une expulsion naturelle ? Ou faire une césarienne immédiatement pour lui donner une chance ? Il faut décider… maintenant…" Césarienne !", dans tous les cas, si Rey n’arrive pas à sortir son 2ème chiot naturellement, la césarienne sera nécessaire pour l'extraire, autant donner une chance à ce petit qui s’accroche à la vie... même si 2021 me rattrape...
21h, je rentre chez moi … seule dans la voiture… sans chien à l'arrière... encore un goût de déjà vu lorsque j'ai amené Gaby à cette même clinique il y a un peu plus d'un an... A la différence qu'avec Gaby, je m'attendais à l'issue... cette fois-ci, tout est allé très vite, trop vite, je ne comprends pas et ne connaîs pas l'issue.... On me dit qu’on me rappellera d’ici 2 heures à la fin de l'opération. Le téléphone sonne au bout d’1 heure seulement "Qu'est-ce qui se passe?", "Rey est réveillée, le 2ème chiot est vivant, il va bien et tète déjà"… Les nerfs lâchent... Il est 1 heure du matin, on peut aller les récupérer tous les deux pour une surveillance accrue... Nuit blanche et angoissante en vue mais la joie de revoir Rey… et un petit chiot bien vivant dans sa petite boîte, au milieu des bouillottes...
Le plus beau des spectacles a lieu en rentrant une fois dans la caisse de mise-bas (qui paraît pour la première fois bien grande...) Rey s'occupe déjà de son unique enfant, alors qu’elle est à peine réveillée de sa césarienne. Pas de rejet, pas de comportement bizarre comme on pourrait s'y attendre, juste le silence et une merveilleuse maman déjà aux soins bien qu'affaiblie.
En 2021, j'avais eu peur de perdre Marguerite, aujourd’hui j'ai eu peur de perdre Rey...
Et pendant quelques heures, j'ai retrouvé cette sensation terrible de téléphone qui sonne, de décisions à prendre, de minutes qui semblent durer une éternité et de cette question qui tourne en boucle dans la tête "Vais-je la revoir morte ou vivante".
Merci encore une fois à toute l'équipe de Vet24 qui a su assurer dans l'urgence.
Un petit cœur s'est arrêté. Un autre continue de battre. Je regarde Rey, son chiot et mesure la chance de les avoir auprès de nous... Dame Nature a décidé, elle a pris une vie mais elle nous en a laissé une autre. Et surtout…elle m'a rendu Rey ❤
Un petit miracle qui, après avoir commencé sa vie dans la difficulté, va profiter de toute la douceur de sa maman et de la nôtre.
Une petite fille… Baby One Girl ❤